Hypothermie
Définition
L’hypothermie accidentelle
est définie comme une baisse de la température centrale au dessous de 35 °C.
Elle est due à la conjonction d’une exposition de l’organisme au froid et d’une
incapacité des mécanismes de thermorégulation à maintenir la température
centrale à une valeur physiologique. Le métabolisme basal chute.
Étiologies
Diminution de la production de
chaleur
- endocrinopathies : hypopituitarisme,
hypothyroïdie, hypocorticisme
- facteurs carentiels : hypoglycémie,
malnutrition, exercice physique intense, âges extrêmes
Anomalies de la thermorégulation
- système nerveux périphérique :
diabète, neuropathies, section médullaire aiguë
- système nerveux central : pathologie
métabolique, toxique, vasculaire, traumatique, néoplasique ou dégénérative
cérébrale
Augmentation des pertes de chaleur
- vasodilatation : toxique,
pharmacologique
- causes dermatologiques : brûlures,
dermatite
- causes iatrogènes : perfusion de
solutés froids, transfusion massive de produits sanguins non réchauffés
- causes liées à l’environnement :
exposition au froid, noyade, avalanche
Causes diverses
- polytraumatisme, choc, états
septiques bactériens, viraux ou parasitaires, insuffisance rénale
chronique.
Signes cliniques
Hypothermie légère >34°C
Conscient, frissonne,
téguments froids avec une horripilation. La PA peut être élevée et la FC
rapide.
Hypothermie modérée 28-34°C
Téguments glacés, livides,
la peau est sèche, parfois cyanosée.
En principe, l’hypothermie
ne s’accompagne pas de marbrures. Lorsqu’elles sont présentes, celles-ci
peuvent indiquer la présence d’un état de choc dont l’étiologie est à
rechercher.
Les frissons disparaissent
en < 32 °C pour céder la place à de fines trémulations diffuses. Les muscles
ont une hypertonie rendant l’examen physique difficile.La présence de gelures
des extrémités est possible : celles-ci nécessitent un traitement spécifique.
Les signes neurologiques:
- bradypsychie avec troubles des
fonctions supérieures et dysarthrie. Les troubles de vigilance s’observent
< 32 °C. simple obnubilation au coma.
- une hypertonie musculaire et les
réflexes ostéotendineux sont diminués avec une lenteur à la décontraction.
Les pupilles en myosis avec abolition des réflexes photomoteurs.
FR et le volume courant
sont diminués. L’encombrement trachéobronchique est fréquent, les troubles de
la vigilance favorisant l’inhalation de liquide gastrique.
FC constamment ralentie
autour de 40 b • min-1 à 28-30 °C. La ,PA est abaissée et très difficile à
mesurer au brassard.
ECG bradycardie sinusale
avec allongement des espaces PR et QT, mais des troubles du rythme variés sont
possibles, notamment une fibrillation auriculaire.
- Le risque majeur est la survenue d’une fibrillation
ventriculaire dès 32 °C
- mais surtout à partir de 28 °C. La
morphologie du complexe QRS peut être modifiée sous la forme du
remplacement du point J, jonction entre le ventriculogramme et le segment
ST, par l’onde J d’Osborn
Hypothermie Sévère <28°C
Comateux.
La conduction intraventriculaire
est ralentie et les complexes QRS s’élargissent.
Le risque de fibrillation
ventriculaire est majeur. Celle-ci est rebelle à la cardioversion tant que la
température centrale n’a pas atteint au moins 28 °C. Elle est favorisée par les
modifications de l’équilibre acido-basique, l’hypoxémie ou les stimulations
mécaniques comme la mobilisation des patients ou la mise en place d’un cathéter
central qui est donc formellement contre- indiquée.
Stratégie thérapeutiques
Sur les lieux de l’accident
La première mesure, limiter
les déperditions caloriques en soustrayant à l’ambiance froide et en
l’enveloppant dans une couverture chaude, après lui avoir enlevé ses habits
mouillés.
O2 systématique, indication
de l’intubation trachéale très large en raison du risque d’hypoxie et
d’inhalation dus aux troubles de vigilance.
Monitorage
électrocardioscope
- En cas d’asystole ou de FV, le MCE
doit être entrepris immédiatement et prolongé très longtemps.
- FV réfractaire à la cardioversion
tant que persiste l’hypothermie profonde.
VVP cristalloïdes
réchauffés. À la phase initiale, le malade est souvent hypovolémique du fait
d’une polyurie initiale et d’une restriction hydrique. Cependant, la correction
de l’hypovolémie doit être prudente, en raison d’une défaillance myocardique
souvent présente à ce stade.
Transfért rapide vers un
service de réanimation dans un CH disposant d’une circulation extracorporelle
où le bilan lésionnel sera complété. En cas de lésions associées comme des
fractures ouvertes, l’urgence vitale est de rétablir rapidement une
normothermie permettant d’aborder le traitement chirurgical dans de bonnes
conditions.
En centre hospitalier
Toute la question est alors
de choisir lequel des modes de réchauffement est le plus adapté : externe ou
interne. La figure 1 résume les recommandations actuelles que l’on peut tirer
de la littérature.
Réchauffement
externe
- hypothermie modérée (> 32 °C) sans
antécédents particuliers.
- Environnement chaud, recouvrement
par couverture chauffante ou mieux, matelas à circulation d’air chaud, est
beaucoup plus efficace
- Vasodilatation périphérique
génératrice d’hypovolémie qui doit être corrigée. À la phase initiale du
réchauffement.
- la surveillance
électrocardioscopique, hémodynamique, ventilatoire et biologique doit être
rapprochée. L’indication du cathétérisme artériel doit donc être large.
Réchauffement
interne actif
hypothermie est sévère
(< 32°C), que le malade soit ou non en inefficacité circulatoire.
Une multitude de moyens de
réchauffement internes ont été rapportés
- poumons par insufflation d’air
réchauffé,
- péritoine par dialyse péritonéale
- plèvre par irrigation pleurale à
thorax fermé sous thoracoscopie
- tube digestif par irrigation
oesophagienne
- la circulation extracorporelle
demeure en 1997 la méthode de choix pour réchauffer les malades atteints
d’hypothermie sévère. En effet, elle est sans concurrence du point de vue
de son efficacité : avec un débit fémoral de 2 ou 3 L • min-1 amenant du
sang que l’on réchauffe à 38-40 °C permet de gagner 1 à 2 °C toutes les 3
à 5 min. Un objectif raisonnable paraît corriger l’hypothermie en deux
heures. La CEC est particulièrement utile chez les patients ayant subi des
polytraumatismes lourds avec rhabdomyolyse sévère ou gelures étendues
génératrices d’hyperkaliémies rebelles.
Adjuvants
pharmacologiques
Il faut donc limiter les
interventions pharmacologiques au strict nécessaire.
En cas d’absence de
restauration de la PA avec les seuls cristalloïdes, de petites doses de
dopamine ![]()
- AC/FA ne nécessite pas
d’intervention thérapeutique.
- FV, certains auteurs recommandent
l’administration de tosylate de bretylium (10 mg • kg-1),
- antibiotiques de façon empirique est
discutée, car l’hypothermie masque certains signes infectieux, notamment
la fièvre et l’hyperleucocytose.
Pièges
La persistance d’une
tachycardie disproportionnée par rapport à la température corporelle doit faire
évoquer
- une hypovolémie,
- une hypoglycémie
- une ingestion de toxiques.
Un coma persistant malgré
la correction de l’hypothermie
- cause toxique,
- traumatique,
- infectieuse
- neurologique.

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