États de choc
Le
terme< choc> peut etre defi ni comme un syndrome associant
une perfusion
tissulaire
inadequate et un metabolisme cellulaire anormal. Plusieurs etiologies
peuvent
lui etre rapportees (hypovolemique, cardiogenique, obstructif, anaphylactique
et
septique).
La
PA peut etre variable, mais generalement il existe un collapsus ou tout au
moins
une diminution des valeurs par rapport a la PA habituelle.
Tableau commun
Sur le plan clinique
La
PA differentielle (pression pulsee en pression invasive) est pincee.
L’hypotension
induit
une reaction sympathique responsable de la tachycardie habituelle. Les
signes
cutanes sont tres importants et peuvent orienter vers une etiologie. Dans
tous
les cas, il existe une oligurie. On observe generalement une angoisse, mais il
peut
exister des troubles de conscience et parfois des convulsions. L’examen doit
etre
le plus complet possible, en particulier a la recherche d’une cause, mais ne
doit
pas retarder la prise en charge therapeutique. Celle-ci comporte une
oxygenotherapie
selon
les modalites indiquees dans le chapitre ≪ Les pathologies respiratoires
≫.
Le patient doit etre positionne en fonction de l’etiologie.
Dans
tous les cas, un monitorage minimal est mis en place : ECG continu,
pression
non invasive, oxymetre de pouls, prise de temperature. Parfois, l’oxymetre
ne
fonctionne pas s’il existe une hypoperfusion peripherique. On pourra
alors
faire appel a un deuxieme site (lobe de l’oreille ou front). Au minimum,
une
voie veineuse peripherique sera mise en place et soigneusement fi xee.
Lorsque
les signes cliniques persistent apres les premieres mesures de reanimation,
une
voie veineuse centrale est mise en place (de preference par voie
femorale)
ainsi qu’un catheter arteriel.
Les
examens paracliniques suivants sont pratiques : ionogramme sanguin,
NFP,
coagulation, taux d’hemoglobine, creatininemie, gazometrie arterielle et
lactatemie.
Les autres examens dependent de l’orientation etiologique : troponine
I
ou T si ischemie myocardique, brain natriuretic peptide (BNP) ou NTproBNP
si
insuffi sance cardiaque ainsi que des examens d’imagerie incluant
l’echographie
thoracique (cf. encadre).
Lorsque
la cause du choc est rapidement reconnue et traitee, l’evolution peut
etre
simple. Dans les autres cas s’installe une souffrance multiviscerale mediee
par
un grand nombre de molecules dont les cytokines. Dans un premier temps
survient
un syndrome de reponse systemique infl ammatoire (SIRS) avec vasoplegie
pouvant
demander un traitement par noradrenaline. Dans un second
temps,
un tableau de defaillance multiviscerale (MOF) (multi organ
failure)
s’installe
avec atteinte renale et hepatique potentiellement irreversible.
Orientations
étiologiques
Le
syndrome de choc peut relever de plusieurs causes ayant chacune un traitement
specifi
que. Cependant une oxygenotherapie sera constamment realisee et
au
minimum un catheter peripherique mis en place.
Choc hypovolémique
On
parle d’hypovolemie relative lorsqu’il existe une vasodilatation importante
expliquant
l’effondrement des resistances vasculaires peripheriques ; cela peut
etre
rencontre en presence d’une section medullaire haute. L’hypovolemie
absolue
peut etre la consequence de :
–
pertes
hémorragiques : le diagnostic est facile en presence
de pertes exteriorisees,
mais
plus diffi cile en presence d’une hemorragie interne (rupture
d’organe
plein abdominal, hemothorax…). Le patient est alors pale, presente
volontiers
des sueurs et des frissons. Les veines sont plates. Sur le plan biologique,
le
taux d’hemoglobine est abaisse surtout si le patient a deja ete perfuse
en
l’absence de transfusion sanguine. Un remplissage par macromolecules sera
effectue
en attendant le resultat des deux determinations de groupage sanguin et
la
recherche d’anticorps irreguliers qui permettront la commande des produits
sanguins
labiles (concentres de globules rouges, mais aussi plasma frais congele
et
concentres plaquettaires en cas d’hemorragie massive). En cas d’extreme
urgence,
la transfusion de concentres globulaires O negatif est admise. L’examen
clinique
sera complete par les touchers pelviens et par les examens d’imagerie
permettant
le diagnostic le plus precoce possible d’une hemorragie interne. Le
traitement
est le plus souvent chirurgical, cependant un hematome retroperitoneal
ne
requiert pas habituellement la chirurgie.
A
cote des chocs hemorragiques, deux autres categories de chocs hypovolemiques
sont
individualisees :
–
pertes
plasmatiques chez le patient presentant des brulures
etendues
pouvant
justifi er l’administration d’albumine pour corriger une pression oncotique
basse
(tableau VI) ;
–
pertes
hydroélectrolytiques ( deshydratation extracellulaire).
En
attendant les effets de l’expansion volemique, le patient sera allonge en
decubitus
dorsal avec les membres inferieurs sureleves.
Chocs cardiogéniques
Habituellement,
il s’agit d’un dysfonctionnement de la pompe cardiaque. L’atteinte
myocardique
peut etre d’origine ischemique (myocardite, syndrome coronarien
aigu
ou infarctus), plus rarement traumatique (traumatisme cardiaque)
ou
par atteinte toxique (antimitotique, intoxication au monoxyde de carbone,
au
meprobamate ou aux medicaments cardiovasculaires depresseurs). Il peut
egalement
s’agir d’une dysfonction valvulaire aigue (insuffi sance mitrale par
rupture
de cordage ou de pilier, endocardite infectieuse). Un trouble du rythme
aigu
peut egalement etre mis en cause (tachyarythmie extreme, dissociation
auriculo-ventriculaire,
passage en fi brillation auriculaire-FA sur insuffi sance
cardiaque
sous-jacente…).
Presentant
des signes semblables, on distingue les chocs obstructifs par
tamponnade
cardiaque liee a un epanchement pericardique aigu ou par embolie
pulmonaire.
Le
patient, qui sera assis, presente des signes d’insuffi sance ventriculaire :
–
insuffi
sance ventriculaire gauche : tableau OAP
: polypnee, crepitants predominants
aux
bases, a l’extreme expectorations mousseuses, galops, cyanose.
Devant
une dyspnee, la normalite des taux de BNP ou de NT-proBNP elimine
le
plus souvent ce diagnostic. L’ECG peut montrer des signes d’hypertrophie
ventriculaire
gauche et un axe gauche de QRS. Le cliche thoracique de face
pratique
au lit montre des opacites bilaterales symetriques predominant dans
les
bases et eventuellement une augmentation de l’ombre cardiaque. L’echographie
transthoracique
met en evidence une alteration de la contractilite ou
des
signes d’augmentation des pressions de remplissage du ventricule gauche.
A
cote de l’OAP, l’insuffi sance ventriculaire gauche peut se traduire par un
pseudo-
asthme cardiaque (spasticite bronchique) qui repondra au traitement
de
l’insuffi sance ventriculaire gauche ;
–
insuffi
sance ventriculaire droite : elle se
traduit cliniquement par une turgescence
jugulaire,
un visage souvent cyanose, une hepatomegalie douloureuse, un
refl
ux hepatojugulaire, des oedemes predominants aux membres inferieurs et
pouvant
aller jusqu’a un tableau d’anasarque. Il existe frequemment des epanchements
pleuraux ;
l’ECG met en evidence des signes d’hypertrophie auricu
laire
droite, un axe droit de QRS. L’echocardiographie montre une dilatation
des
cavites droites, et l’insuffi sance tricuspidienne permet de mesurer une
pression
arterielle
pulmonaire systolique elevee. Si une voie veineuse centrale est
mise
en place, la pression veineuse centrale est elevee, ce qui diminue d’autant
la
pression de perfusion systemique.
Le
traitement symptomatique repose sur les medicaments inotropes positifs
(tableau
IV) et devra diminuer les apports hydroelectrolytiques, mettre en place
une
assistance respiratoire en cas d’insuffi sance ventriculaire gauche
(ventilation
invasive
ou non) et utiliser eventuellement des vasodilatateurs (tableau V)
si
la PA systemique le permet (nitres, nitroprussiate de sodium, urapidil). Les
troubles
du rythme devront etre egalement traites. En cas d’insuffi sance ventriculaire
gauche,
une CPIA pourra etre mise en place par voie arterielle femorale.
La
prevention de la thrombose de cette artere devra etre assuree par heparine
et
la survenue de cette complication devra etre surveillee de maniere horaire.
Chez
les patients rebelles a ces traitements, une assistance circulatoire mecanique
pourra
etre discutee.
Le
diagnostic de tamponnade exige la mise en evidence d’un epanchement
pericardique,
un septum paradoxal et une gene a l’expansion parietale diastolique.
Le
traitement repose sur la ponction drainage pericardique ou la reprise
operatoire
apres chirurgie cardiaque.
Choc anaphylactique
L’hypersensibilite
immediate se traduit par des signes de gravite variables :
urticaire,
oedeme de Quincke, bronchospasme, choc anaphylactique et arret
cardiaque
(AC). L’oedeme de Quincke est traite dans le chapitre sur les atteintes
respiratoires.
L’arret cardiaque est traite dans un chapitre separe. Le choc
anaphylactique
peut etre du a la liberation massive d’histamine et d’autres
mediateurs
par les mastocytes et les polynucleaires basophiles, probablement
sensibilises
a un allergene (aliments, piqure d’insectes, latex, antibiotiques…)
et
dont la reponse est mediee par des immunoglobulines E specifi ques. Un
tableau
similaire peut etre lie a une reaction anaphylactoide dont le mecanisme
physiopathologique
est different (il n’y a pas d’activation du systeme immunitaire
par
les IgE, mais une liberation d’histamine induite directement par l’allergene.
Plusieurs
agents anesthesiques et produits de contraste iodes en radiologie
peuvent
declencher une reaction anaphylactoide. Dans le choc anaphylactique,
ces
mediateurs induisent une vasoplegie et la pompe cardiaque repond habituellement
par
une augmentation de debit pour essayer de compenser l’hypotension
arterielle.
Dans
les minutes suivant l’introduction de l’allergene peuvent survenir :
–
des signes cutanes, absents si l’etat de choc est intense ;
–
des signes cardiovasculaires (tachycardie, hypotension puis etat de choc) ;
–
des signes respiratoires (rhinite, laryngospasme, bronchospasme conduisant
a l’asphyxie)
;
–
des signes digestifs (nausees, vomissements, douleurs abdominales du type
colique,
diarrhees) ;
–
parfois d’autres signes (angoisse, toux, arthralgies, convulsions et troubles
de
conscience).
Le
traitement passe par l’eviction de l’allergene, l’administration d’adrenaline
(de
0,3 a 1 mg sous-cutane ou en perfusion intraveineuse) associee a un remplissage
vasculaire
par cristalloides. En effet, l’adrenaline est l’agent therapeutique
de
choix, car elle inhibe la liberation d’histamine, produit une vasoconstriction,
une
augmentation de l’inotropisme et une bronchodilatation. Les corticoides
n’ont
pas d’effet immediat, mais peuvent avoir un effet sur le bronchospasme
et
reduire l’incidence des recurrences spontanees durant les heures suivantes.
Les
antihistaminiques ont peu d’effet a ce stade. Des prelevements sanguins sont
effectues
pour etablir le diagnostic de choc anaphylactique (dosage d’histamine
et
de tryptase dans l’immediat ; recherche d’immunoglobulines E specifi ques a
distance).
Un avis allergologique sera demande pour preciser les allergenes et
entreprendre
eventuellement une desensibilisation. Le patient devra etre porteur
d’une
carte et d’une seringue d’adrenaline auto-injectable.
Choc septique
Le
syndrome de choc survient soit du fait de la presence d’un agent infectieux,
soit
d’une toxine infectieuse au niveau systemique. L’agent infectieux, generalement
bacterien,
provient d’une porte d’entree qu’il faudra rechercher et traiter
au
meme titre que l’infection elle-meme. Les mediateurs de l’infl ammation tels
que
les cytokines entrainent un effondrement des resistances peripheriques, une
augmentation
de la capacitance veineuse, de la permeabilite capillaire, d’ou une
hypovolemie.
Dans certains cas s’associe egalement un effet inotrope negatif.
Le
patient se presente avec soit une hyperthermie importante, soit une
hypothermie.
Les
marbrures au niveau des genoux, des cuisses et de l’abdomen sont
frequentes.
La cyanose temoigne d’un syndrome de detresse respiratoire associe
et
doit faire indiquer la ventilation mecanique apres intubation tracheale. Les
prelevements
bacteriologiques devront comporter : hemocultures et prelevements
au
niveau de la porte d’entree presumee, si possible avant institution tres
precoce
d’une antibiotherapie a large spectre. Les germes les plus rencontres
sont
les staphylocoques et les bacilles a Gram negatif. Apres isolement du germe,
l’antibiotherapie
sera strictement adaptee a l’antibiogramme. Dans certains cas,
une
intervention chirurgicale sera necessaire pour eradiquer le foyer en cause
(
peritonite, empyeme…).
Le
traitement symptomatique est egalement indispensable avec :
–
expansion volemique pour obtenir une pression veineuse centrale autour
de
12 mmHg ;
–
noradrenaline en administration continue pour PAM > mmHg ;
–
adjonction de dobutamine qui est parfois necessaire pour traiter la
defaillance
cardiaque eventuelle (pour Sv Co2
> 70 %) ;
–
defi cit relatif en cortisol pourra etre traite par hemisuccinate
d’hydrocortisone
et
sera poursuivi pendant quelques jours en cas de reponse favorable ;
–
epuration extrarenale continue qui a ete proposee.
Des
troubles de l’hemostase a type de thrombopenie ou de coagulation
intravasculaire
disseminee peuvent se rencontrer avec au maximum un tableau
de
purpura fulminans d’origine meningococcique ou streptococcique.
Le
syndrome de choc toxique (toxic shock syndrome) comporte des signes
cutanes
precoces et tardifs (desquamation), d’evolution souvent foudroyante,
oriente
vers les etiologies streptococciques ou staphylococciques et demande
un
traitement antitoxinique de 5 jours (clindamycine ou linezolide) en plus
du
traitement antibiotique precoce. Une porte d’entree amygdalienne, vaginale
(tampons périodiques) ou cutanée sera recherchée.
Enfi
n, une endocardite infectieuse pourra etre diagnostiquee soit d’emblee,
soit
a distance et sa porte d’entree sera recherchee (intestinale, dentaire,
cutanee,
catheters,
toxicomanie Iv…).
Ainsi,
l’admission d’un patient en choc impose une prise en charge immediate
impliquant
plusieurs professionnels medicaux et paramedicaux. Un
diagnostic
et un traitement tres precoce permettront souvent d’eviter une
evolution
pejorative.

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