LA CHOLECYSTITE AIGUË
I- DEFINITION :
La cholécystite aiguë
"Ch.A" est l'inflammation aiguë de la vésicule biliaire.
Elle se traduit
anatomiquement par un épaississement de la paroi vésiculaire avec infection de
la bile.
Elle se traduit
cliniquement par un syndrome douloureux fébrile de l'HCD.
Elle constitue une urgence
médico-chirurgicale dont le diagnostic et le traitement doivent être précoces.
II- PHYSIOPATHOLOGIE :
➲ La Ch.A est secondaire à la présence d'une lithiase vésiculaire.
Quelle que soit la taille du calcul, il en résulte un obstacle à l'écoulement
de la bile par enclavement du calcul dans le canal cystique entraînant une
stase avec pullulation
bactérienne
➲ L'infection vient se surajouter à une atteinte traumatique
(altération muqueuse due au calcul), vasculaire ou
enzymatique.
NB: Il existe des Ch.A sans
lithiase.
Les germes en cause sont
des Gram – (E. coli, Klebsiella, Proteus, etc.) des Gram + et parfois des
anaérobies.
III- ANATOMIE PATHOLOGIQUE :
A. La cholécystite aiguë catarrhale ou hydrocholécyste:
·
La vésicule est augmentée de volume et rouge.
·
La paroi est oedémaciée, épaissie et congestive.
·
Le contenu est fait de bile
normale ou blanchâtre, aseptique avec un ou plusieurs calculs dont l'un est
souvent enclavé dans le défilé infundibulo-cystique.
B. La cholécystite aiguë suppurée ou empyème vésiculaire ou pyocholécyste:
·
La vésicule est augmentée de volume réalisant l'aspect en
aubergine.
·
La paroi présente des micro-abcès pariétaux.
·
Le contenu est louche purulent
C. La cholécystite aiguë gangreneuse:
·
La paroi vésiculaire est marbrée avec quelques plaques sphacélées
verdâtres ou brunâtres.
·
Le contenue est toujours purulent.
·
L'évolution se fait vers la perforation.
D. La cholécystite chronique:
·
La vésicule a l'aspect d'une figue sèche.
·
La paroi est atrophiée, entourée d'une sclérose cicatricielle
importante avec diminution de la lumière vésiculaire.
·
Le contenu est essentiellement lithiasique.
IV- DIAGNOSTIC CLINIQUE D'UNE CHOLECYSTITE AIGUË
LITHIASIQUE :
Il s'agit généralement
d'une femme, obèse, à la 50aine, emmenée en urgence pour syndrome abdominale aigu
douloureux et fébrile de
l'hypochondre droit.
Signes fonctionnels sont à début brutal, avec
1. Colique hépatique
• Vive. • Prédominant au niveau de l'HCD.
• Survenant
3 à 4H après un repas gras.
• Immobilisant
le malade et entraînant un blocage respiratoire.
• Irradiation
scapulaire droite ou dorsale.
2. Nausées – vomissements
alimentaires puis bilieux.
3. Arrêt +/- net du
transit.
4. Syndrome infectieux avec
• Fièvre à
39-40° • Sueurs et frissons. • Tachycardie.
• Langue saburrale.
L'interrogatoire recherche les antécédents
évocateurs d'une lithiase
o Echographie antérieure. o Notion de colique hépatique répétée.
Signes physiques
1- Signe de Murphy, douleur
vive au point vésiculaire à la palpation de l'HCD, inhibant l'inspiration
profonde.
2- Défense de l'HCD,
laissant libre le reste de l'abdomen.
3- Parfois, la palpation
douce permet de percevoir une grosse vésicule très douloureuse.
4- Le TR ne retrouve aucune
douleur.
V- DIAGNOSTIC PARACLINIQUE :
Radiologie
A. ASP: Systématique pour éliminer une
perforation d'un organe creux (pneumopéritoine.) Elle peut montrer
1. Un iléus réflexe avec
aéroiléie ou aérocolie, témoignant d'un processus inflammatoire en regard.
2. Une aérobilie témoignant
d'une fistule bilio-digestive.
3. Des opacités calciques
dans l'aire vésiculaire.
B. Echographie abdominale: Examen
clé. Elle précise l'état du foie et de la VBP et révèle des signes
pathognomoniques
1- Le Murphy échographique
ou sensibilité élective de la vésicule au passage de la sonde sur l'HCD.
2- Un épaississement de la
paroi vésiculaire (sup à 3 mm.)
3- La présence de calculs
(image hyperéchogène avec cône d'ombre postérieur.) immobile, de siège
infundibulocystique
le plus souvent.
4- Présence de liquide
échogène dans la vésicule (pus, boue ou Sludge.)
C. Radiographie pulmonaire: Vérifie
l'absence d'infections de la base pulmonaire droite ou une pathologie pleurale.
Biologie
A- FNS: Montre une hyperleucocytose.
B- Bilan hépatique: Révèle l'absence de
choléstase (absence de retentissement sur la VBP.) Parfois, une légère
augmentation des
Transaminases (par proximité de l'inflammation.)
C- Hémocultures: doivent être faites dès
que possible, avant la mise en route de l'antibiothérapie.
VI- EVOLUTION – COMPLICATIONS :
Sous traitement médical,
l'évolution est le plus souvent favorable, avec disparition des douleurs,
apyrexie et diminution de la
Leucocytose, permettant
d'intervenir en semi-urgence sur un malade bien préparé.
Cependant, la survenue de
complications est imprévisible
A. Complications péritonéales:
1. Péritonite biliaire généralisée: Elle est
due à la perforation vésiculaire ou à la diffusion de la bile stérile, c'est le
cholépéritoine. Elle se
traduit par
• Douleurs
en coups de poignard dans l'HCD. • Fièvre à
40°
• Contracture
abdominale d'abord dans l'HCD, puis généralisée.
• AEG. • Etat de choc et tendance au collapsus.
• TR très
douloureux.
2. Péritonite biliaire localisée: Tous les
signes s'accentuent, mais localement. Parfois, il y a apparition d'une
tuméfaction douloureuse,
mal limitée, sous-costale droite avec empattement de l'HCD, réalisant le
plastron vésiculaire
qui, non-traité, évolue
vers l'abcédation ou la péritonite en 2 ou en 3 temps.
B. Fistules biliaires internes: Peu
fréquentes, elles se développent chez le sujet âgé dans les suites d'une Ch.A
avec
souvent une phase
d'abcédation intermédiaire.
1- Fistule bilio-biliaire: Se fait
entre la région infundibulo-cystique et l'hépato-cholédoque. Elle est
responsable
d'angiocholite à
répétition.
2- Fistule bilio-digestive:
Parfois cholécysto-colique avec
passage du contenu colique dans la VBP, à l'origine d'angiocholite, de
diarrhées et
parfois d'hémorragies
digestives.
Le plus souvent cholécysto-duodénale avec issue
du calcul dans le duodénum. Ce calcul peut
➨ Migrer en aval, obstruer la lumière du grêle et être à l'origine
d'un iléus biliaire, cause rare d'occlusion intestinale
aiguë dont le diagnostic
repose sur
➲ Des arguments anamnéstiques avec une histoire stéréotypée en 3
temps; long passé lithiasique, crise récente
de cholécystite puis
installation de l'occlusion actuelle.
➲ Des arguments radiologiques avec à l'ASP des niveaux
hydro-aériques du grêle et une aérobilie
pathognomonique et à
l'opacification aux hydrosolubles un trajet fistuleux réalisant l'image de
serpent à tête claire.
➨ Migrer en amont, à contre courant, obstruer le pylore et être à
l'origine d'une sténose pylorique d'origine biliaire ou
"syndrome de Bouveret".
VII- FORMES CLINIQUES :
A. Formes graves d'emblée:
1. Cholécystite aiguë gangreneuse: Due à
des germes agressifs (anaérobies) elle est fréquente chez le diabétique et
se caractérise par le
contraste entre la gravité de l'AEG et de l'état de choc et la pauvreté de
signes cliniques
2. Cholécysto-pancréatite: Réalise
un tableau clinique associant les signes de cholécystite et de pancréatite
aiguës.
3. Cholécystite aiguë ictérique: L'ictère
témoigne soit de
➨ Une migration calculeuse dans la VBP par le canal cystique ou par
fistule bilio-biliaire.
➨ Une lithiase cholédocienne associée.
➨ Une compression extrinsèque de la VBP par un calcul enclavé dans
l'infundibulum ou "syndrome
de Mirizzi".
➨ Une gangue inflammatoire péri-vésiculaire ou pédiculite.
4. Cholécystite aiguë occlusive: elle
réalise le tableau clinique d'une occlusion fébrile du grêle, due à un iléus
réflexe
au contact d'un foyer
infectieux. Cette forme est fréquente chez le sujet âgé.
B. Formes étiologiques:
1- Cholécystite aiguë lithiasique (90% des
cas.)
2- Cholécystite aiguë alithiasique: 2
catégories
·
Cholécystite
aiguë alithiasique post-agressive: Atteint le malade stressé,
post-opératoire, post-traumatique,
post-partum, les grands
brûlés et les malades en réanimation.
·
Cholécystite
aiguë alithiasique primitive: C'est la cholécystite typhique,
tuberculeuse, parasitaire
(cryptosporidiose dans les
infections à VIH.)
VIII- DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL :
·
Ulcère bulbaire perforé bouché.
·
Pancréatite aiguë en poussée.
·
Appendicite aiguë sous-hépatique.
·
KHF infecté.
·
Pyélonéphrite ou pyonéphrose droite.
·
Affections inflammatoires de la base du poumon droit.
IX- TRAITEMENT :
A. Traitement médical
·
Poche de glace sur le ventre. Antibiotiques à élimination biliaire.
·
Antalgiques.
B. Traitement chirurgical (radical)
·
Cholécystectomie (ablation de la vésicule biliaire.) à ventre
ouvert ou sous coelioscopie.
·
Vérification de l'intégrité et de
la vacuité de la VBP (CPRE)

0 Commentaires